Jean Clair : « une histoire de l’art, un certain type d’historiographie (…) »


Jean Clair, dans l’introduction au catalogue de l’exposition « Les réalismes, 1919-1939, entre révolution et réaction » écrit : « Le fait est, apparemment établi, qu’entre 1919 et 1939, soit entre la fin d’une guerre et le déclenchement d’une autre, s’étend une période historique qui, dans le champ artistique, nous paraît dominée, d’une part par l’épanouissement des abstractions – De Stijl, constructivisme, Abstraction-Création, Cercle et Carré, etc. –, d’autre part par le montage dadaïste, puis, à partir de 1923, par l’imagerie surréaliste. C’est du moins ce qu’une histoire de l’art, un certain type d’historiographie, en veut retenir. (…)

L’histoire de l’exploration et de l’exploitation de l’héritage cézannien, c’est à bien des égards ce que des expositions comme « Paris-New York » ou « Paris-Moscou » s’étaient proposé de faire : à partir d’un centre de gravité, Paris, étudier la diffusion d’une esthétique assimilée à la modernité, qui, soit à travers des expositions comme l’Armory Show, soit à travers des collections privées comme celles de Chtchoukine et de Morosov, imposerait, aussi bien outre-Atlantique qu’en Russie, l’idée d’une « avant-garde ». Bien plus que l’idée d’une avant-garde : en fait toute une idéologie selon laquelle non seulement l’avant-garde a une histoire, mais l’avant-garde est l’histoire, nonobstant la contradiction logique qui fait que l’avant-garde n’a lieu dans l’histoire que là, et là seulement, où elle noie l’histoire même.

Pareille « histoire » n’est donc pas assurément l’Histoire. Isoler, sur le fond continu de la création artistique, les unités discrètes et discontinues que nous appelons des innovations pour les replacer a posteriori sur une ligne continue, c’est, comme le dit encore Jean Laude, opérer une reconstruction qui, en arrachant ces innovations aux résistances, aux régressions et aux retours à l’ordre, les arrache du même coup à leur statut et à leur fonction de novations.

Ajoutons : si privilégier dans la vie des formes ce qui nous apparaît comme innovation, c’est s’exposer, pour comprendre une époque historique déterminée, à l’aporie que Panofsky devait justement dénoncer dans Renaissance and Renascences et sur laquelle nous reviendrons, c’est aussi se condamner, si l’on considère la production d’un individu à l’intérieur de cette période, à n’en voir qu’un seul des aspects. Ne vouloir connaître que de ses débuts, c’est s’interdire de connaître de sa maturité. Privilégier dans sa carrièer les moments de crise et de rupture, c’est s’interdire de comprendre les moments d’équilibre ».

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