Marcel Duchamp, artiste ou anthropologue ? – par Alain Boton


L’art ne tend-il pas vers son propre anéantissement ? Cet effort vers le néant n’est-il pas ce qui anime tout l’art contemporain ? Pour en juger, il est essentiel de s’interroger sur la signification de l’artiste sans doute le plus emblématique de la modernité : Marcel Duchamp. Son œuvre, suggère Alain Boton (qui signait auparavant « l’artiste anonyme »), doit être lue comme un rébus. Un rébus qui nous dit que, derrière son « art », il n’y a qu’une expérience sociologique. C’est « le regardeur qui fait le tableau », écrivait Duchamp. D’où la traduction du rébus : « Si la loi sociologique qui veut qu’un objet créé par un artiste devienne un chef-d’œuvre de l’art s’il a d’abord été refusé par une majorité scandalisée de sorte qu’un minorité agissante puisse se caresser l’amour-propre dans le sens du poil en le réhabilitant est bien une loi « scientifique », alors mon urinoir, qui n’a pourtant aucun des attributs qui, en 1913, sont censés caractériser une œuvre d’art, deviendra un chef-d’œuvre de l’art s’il débute sa carrière par un refus radical et connu de tous ». Où l’auteur, en suggérant que Duchamp a mystifié le monde de l’art, affirme qu’il en révèle la vérité : la vanité et la vacuité. A discuter. A.C.

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M. Duchamp : « Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l’urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu’ils en admirent la beauté »


« Ce néo-Dada qui se nomme maintenant Nouveau Réalisme, Pop’Art, assemblage… est une distraction à bon marché qui vit ce que Dada a fait. Lorsque j’ai découvert les ready-made, j’espérais décourager ce carnaval d’esthétisme. Mais les néo-Dadaïstes utilisent les ready-made pour leur découvrir une valeur esthétique. Je leur ai jeté le porte-bouteilles et l’urinoir à la tête comme une provocation et voilà qu’ils en admirent la beauté. » Marcel Duchamp – Lettre à Hans Richter, 10 novembre 1962.

« Faire avaler n’importe quoi aux gens » (Marcel Duchamp)


« ‘On peut faire avaler n’importe quoi aux gens.’ Et c’est un expert qui le dit : Marcel Duchamp. Il commente en ces termes, au début des années 1960, l’admiration esthétique imbécile portée par ses adorateurs aux fac-similés de la cuvette d’urinoir qu’il avait, un demi-siècle plus tôt, prétendu faire admettre en qualité d’oeuvre d’art à une exposition de peintures et de sculptures »

Jean-Louis Harouel, La Grande Falsification – Art contemporain, éd. Jean-Cyrille Godefroy, 2009, p. 7.