Malevitch : « J’ai brisé la frontière de la couleur et j’ai débouché sur du blanc »


Kazimir Malevitch - Carré blanc sur fond blanc, 1918

« Inspiré par le mathématicien et mystique Piotr D. Ouspenski, le peintre russe Kazimir Malevitch cherche à introduire dans le tableau une « quatrième dimension qui permette à l’esprit de pénétrer dans un continuum espace-temps ». Le compositions dites « suprématistes » (parce qu’elles affirment la suprématie de l’abstraction) sont censées constituer une voie d’accès à l’infini et à une réalité au-delà de toute forme. Avec le Carré blanc sur fond blanc de 1918, la teinte qui matérialise l’unité du spectre au-delà des couleurs est emblématiquement favorisée. « J’ai brisé la frontière de la couleur et j’ai débouché sur du blanc », écrit-il », Nadeije Laneyrie-Dagen, Lire la peinture, vol. 1 (éd. Larousse, coll. Reconnaître/Comprendre).

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Peinture moderne : « libérée », oui… mais de quoi ? (Jean Clair)


« Mais, une fois rendue à elle-même, la peinture ‘libérée’ des modernes, libérée de quoi à vrai dire ?, pourquoi n’avait-elle pas gardé ses pouvoirs anciens, quoi que Malraux et autres magiciens de l’humanisme moderne osassent en écrire ? Coupée du ciel, rendue à l’ici-bas, la peinture finissait par paraître bien pauvre. Plus pauvre encore quand, se détournant de son devoir de représenter les objets visibles pour annoncer l’invisible, elle prétendait à elle seule se représenter, s’autoreprésenter, représenter non pas les apparences de telle ou telle chose, mais représenter la façon même dont elle les peindrait s’il lui prenait par hasard la fantaisie de les peindre, cette peinture finissait par cabrioler dans le vide et quêter les applaudissements d’un public complaisant.

Ces tours de force forains m’apparurent finalement dérisoires, répétitifs, lassants et arrogants à la fois ».

Jean Clair, Dialogue avec les morts, éd. Gallimard, 2011.

Involution et Chute libre – Teresa Margolles (expo à Brétigny, 2005)


Quasi-inconnue dans l’Hexagone, la Mexicaine Teresa Margolles frappe les esprits avec sa double exposition au CAC Bretigny et au FRAC Lorraine. Comme à son accoutumée, l’artiste présente des œuvres à base d’éléments humains inertes pour mieux nous faire percevoir l’aspect social et politique du dernier grand tabou : la mort, pensée comme la « vie du cadavre ».

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Liberté individuelle et civilisation, Sigmund Freud


« La liberté individuelle n’est pas un bien de la civilisation. C’est avant toute civilisation qu’elle était la plus grande, mais le plus souvent sans valeur propre, l’individu étant à peine en état de se défendre », Sigmund Freud, Malaise dans la Civilisation, 1929.

Déculpabilisons le cannibale qui sommeille en nous !


Je feuillette le dernier numéro de Beaux-Arts Magazine, celui de janvier 2011.  Dans le dossier des expositions de l’année, l’on trouve une présentation de l’exposition qui doit débuter à la Maison Rouge (Paris) le 12 février, intitulée Tous cannibales. Un thème, somme toute, pas moins digne d’intérêt qu’un autre. L’article cite les noms de Bosch, Goya et Bacon et mentionne « les contes populaires avec leurs ogres », pour élargir la perspective (phénomène commun consistant à légitimer le non-art par la mise en rapport, par telle ou telle thématique déjà traitée, avec le vrai art ; le « dialogue » – de sourds – organisé entre Jeff Koons et Versailles ou entre Jan Fabre et les œuvres du Louvre s’inscrit dans la même logique).

Je suis surtout interpellé par la fin de l’article : « L’exposition permettra de se reposer la question de l’interdit en matière d’anthropophagie. « Souvenons-nous de ces sportifs chiliens [il s’agissait en vérité de rugbymen uruguayens se rendant au Chili, cf. article Wikipedia] réfugiés pendant des mois dans la carlingue de leur avion crashé au sommet de la cordillère des Andes, et contraints de consommer les cadavres de leurs amis. Faut-il cuire le corps de l’autre, le cuisiner comme le fit Michel Journiac pour déculpabiliser le cannibale qui sommeille en nous ? », interroge Pierre Sterckx en conclusion.

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