Terence Koh, ou la « poétique de la perte »


« Alors que ses déclarations publiques revendiquent un narcissisme décadent, ses oeuvres passées – périssables en raison des matériaux utilisé comme le lubrifiant, la salive, le sperme ou le chocolat – pourraient suggérer une poétique de la perte plus fragile qu’elles ne le laisseraient croire. A l’inverse, sa prétentieuse installation God (2007) suggère les prémices d’une auto-déification ».

In 100 Contemporary Artists, éd. Taschen, 2011.

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Millie Brown : de l’expressionnisme abstrait peint avec du vomi de colorants alimentaires


Dans une précédente publication, nous avions diffusé une citation de Kandinsky, où il disait notamment que « l’artiste, en général, n’a que peu à dire. Il lui suffit d’une nuance insignifiante pour se faire connaître ». En voilà une autre qui, justement, n’a rien à dire – seulement à vomir. Voilà qui pourrait figurer dans une édition augmentée du De Immundo écrit voilà déjà quelques années par ce grand et respectable homme qu’est Jean Clair. Elle s’appelle donc Millie Brown. Ne nous en demandez pas plus : on s’en tamponne. Son « œuvre maîtresse », du moins son coup de comm’ majeur, c’est le buzz sur ses toiles peintes en vomissant des colorants alimentaires qu’elle vient d’ingurgiter. Le résultat est à peu près aussi nul que du Pollock, rehaussé d’une esthétique proche des films de Matthew Barney et d’un duo lyrique (qui doit bien chanter quelque chose qu’un texte abstrus expliquera être pertinent pour telle ou telle arbitraire raison), et spectaculairement con… comme tout l’art d’avant-garde (puis « art contemporain ») nouillorcais depuis au moins Rauschenberg. Un exemple de la décadence intrinsèque de la prétendue civilisation étasunienne libérale, cette destruction de la culture au nom du principe puéril d’une liberté comme illimitation et comme « je fais ce que je veux ». Elle est loin la liberté d’esprit du siècle de Louis XV et ses hautes réalisations, et plus loin encore la liberté comprise comme autonomie des heures lumineuses de la civilisation grecque.

Dany-Robert Dufour, sur Andres Serrano : « L’art de la provocation »


No comment : Jacques Lizène, artiste de (la) merde


« Le temps du dégoût a remplacé l’âge du goût » (Jean Clair)


« J’ai autrefois tenté de relier entre eux les multiples aspects, dans une époque qu’on appelle désormais ‘post-human’, d’une ‘esthétique du stercoraire’ :  »le temps du dégoût a remplacé l’âge du goût. Exhibition du corps, désacralisation, rabaissement de ses fonctions et de ses apparences, morphings et déformations, mutilations et automutilations, fascination pour le sang et les humeurs corporelles, et jusqu’aux excréments, corpophilie et coprophagie : de Lucio Fontana à Louise Bourgeois, d’Orlan à Serrano, de Otto Muehl à David Nebreda, l’art s’est engagé dans une cérémonie étrange où le sordide et l’abjection écrivent un chapitre inattendu de l’histoire des sens. Mundus immundus est ? » [Jean Clair, De Immundo, Paris, Galilée, 2004, p. 60 et suivantes.]

Il y a une dizaine d’années, à New York, une exposition s’était intitulée Abject Art – Repulsionand Desires [Whitney Museum of American Art, New York, 1993]. On franchissait là un pas de plus dans l’immonde, dans ce qui n’appartient pas à notre monde. On n’était plus dans le subjectus du sujet classique, on entrait dans l’abjectus de l’individu post-humain.

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