Bernard Ceysson : « tout artiste s’écartant de la voie royale du progressisme avant-gardiste est déclaré passéiste ou académique » 


En 1979, le Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Etienne accueille l’exposition L’art dans les années 30, laquelle accueille sans discrimination des œuvres abstraites, réalistes et surréalistes. Faisant référence plus précisément aux réalismes, le commissaire de l’exposition Bernard Ceysson énonce alors qu’ « aucune analyse sérieuse de ces réalismes n’a été entreprise et à l’exception des maîtres mythiques de l’art moderne, Picasso, Braque, Léger, Matisse, des surréalistes, Magritte surtout, et des pop’artistes reconnus dès qu’apparus comme avant-garde, tout artiste s’écartant de la voie royale du progressisme avant-gardiste est déclaré passéiste ou académique ».

Plus de trois décennies plus tard, il reste encore du chemin pour sortir de l’obsession progressiste – et ceci vaut non seulement pour l’art, d’ailleurs, mais encore en politique et en économie, particulièrement dans le champ de l’écologie. Une autre histoire du XXe siècle est possible, sans les sornettes et les vacuités de maintes avant-gardes qui, à l’examen, ont échoué ou s’avèrent n’avoir plus aucune pertinence, plus aucun intérêt sitôt que, selon la lecture historiciste en vogue en matière d’art moderne et contemporain, on les considère hors des dynamiques de leur époque.

Installation Proun d'El Lissitzky, Tate Modern (1923, reconstituée en 1971)

Voici ce qu’écrivaient en 1925 George Grosz et Wieland Herzfelde : « Certes, on admet qu’à toutes les époques, il y eut des œuvres d’art engagées importantes. Ce n’est cependant par leur engagement qui fonde l’intérêt qu’on leur porte, mais leurs qualités formelles, « purement artistiques » » (L’art est en danger – Un essai d’orientation : nous devrions transcrire d’autres passages de cet excellent recueil de pamphlets également intitulé L’art est en danger, paru en janvier 2012 aux éditions Allia). Voilà pourquoi on peut admirer, même si le sens s’est perdu, des toiles du Parmesan ou du Greco, de même encore que, plus récentes, des toiles de Max Beckmann ou Otto Dix, tandis que, extraites aux dynamiques de leur époque, les installations et assemblages constructivistes ou unistes de Lissitzky ou Kobro, faute d’esthétique, faute d’une forme pouvant encore nous toucher, ne sont que des traces, des vestiges de dynamiques passées, dont même la forme nous indiffère. Et, la culture ayant supplanté le culte, comme le note Jean Clair, il faudrait que nous venions admirer comme des reliques, ces choses dépourvues de sens et de beauté…


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2 commentaires

  1. rechab said,

    15 février 2012 à 1:17

    L’art est en danger avec ceux qui édictent des préceptes… théories ou autres, et qui ne veulent servir que leurs propre interêts..

    Par exemple,

    . B Ceysson, expose les membres du mouvement support-surfaces dans sa galerie, qui d’une part ne sont pas vraiment avant-gardistes,, d’autre part, sont très facilement portés sur la redite ( Claude Viallat avec ses éponges, par exemple)… actuellement il met en scène Louis Cane, qui a dans certaines de ses oeuvres, montré un vrai talent de peintre « classique », mais qui, juxtapose les croix rouges, sans doute pour être progressiste…

    en tout cas montre une certaine impuissance créative, que n’ont pas eu tous les membres de support-surface à commencer par JP Pincemin,
    auteur d’une oeuvre multiforme et originale… ‘ mais qui ne doit sans doute pas être aussi avant-gardiste que le dirait mr Ceysson )

    • 15 février 2012 à 2:46

      Merci pour ces précisions. Notez toutefois que j’ai proposé cette citation pour signaler que le débat sur l’art n’est pas neuf, et surtout pour montrer que d’autres ont diagnostiqué qu’une certaine histoire officielle s’était constituée, dont nous observons qu’elle est enseignée et transmises comme une idéologie par ses divers relais institutionnels, éducatifs et pédagogiques (Fonds régionaux d’art contemporain, enseignement des arts plastiques, enseignement de l’histoire de l’art, constitution de centres d’art et soutien à des expositions à la mords-moi-l’noeud, Beaux-Arts où il n’y a souvent plus ni beau ni art mais l’apprentissage de la forfanterie et de l’ignorance du passé ; médiateurs, guides indépendants – ou pas -, etc.) et théoriques/journalistiques (critiques – qui effet le plus souvent se regardent écrire et de jouissent d’eux-mêmes dans de grands élans narcissiques – et journalistes sans aucune culture se contentant d’entériner tout et rien sans trop s’interroger, mais aussi des journalistes authentiquement passionnés par ce non-art).


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