Peinture moderne : « libérée », oui… mais de quoi ? (Jean Clair)


« Mais, une fois rendue à elle-même, la peinture ‘libérée’ des modernes, libérée de quoi à vrai dire ?, pourquoi n’avait-elle pas gardé ses pouvoirs anciens, quoi que Malraux et autres magiciens de l’humanisme moderne osassent en écrire ? Coupée du ciel, rendue à l’ici-bas, la peinture finissait par paraître bien pauvre. Plus pauvre encore quand, se détournant de son devoir de représenter les objets visibles pour annoncer l’invisible, elle prétendait à elle seule se représenter, s’autoreprésenter, représenter non pas les apparences de telle ou telle chose, mais représenter la façon même dont elle les peindrait s’il lui prenait par hasard la fantaisie de les peindre, cette peinture finissait par cabrioler dans le vide et quêter les applaudissements d’un public complaisant.

Ces tours de force forains m’apparurent finalement dérisoires, répétitifs, lassants et arrogants à la fois ».

Jean Clair, Dialogue avec les morts, éd. Gallimard, 2011.

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