No comment (ou presque) pour Audrey Cottin au Jeu de Paume


Une si prodigieuse inanité se suffit à elle-même : il n’est pas nécessaire de commenter. On se contentera seulement de relever quelle langue mutilée parle cette « artiste » accueillie dans l’un des lieux importants de l’« art » contemporain à Paris (galerie du Jeu de Paume) : « à l’international », « au niveau de… », « puis-je soulever un de tes travails [sic] ? », le tout flottant comme des grumeaux dans l’indigeste sauce du blabla justificateur du néant. Relevons aussi cette phrase exquise : « Ensuite, l’immédiateté, je l’ai inclue [sic] dans la sculpture-objet, qui est donc un objet de performance, qui doit être activée par la foule, ou du moins l’idée de la foule, qui peut s’inscrire lui-même [sic] de soulever et d’articuler la sculpture ».

Si vous êtes capable d’exposer l’intérêt de cette performance, des propos de cette artiste, ce qui caractérise comme étant artistiques ces âneries (hormis le sempiternel alibi du contexte) ; si vous êtes capable d’exposer ce en quoi cette « œuvre » éclaire la destinée humaine, permet au spectateur de densifier le sens de son existence, de l’éclairer, de mieux habiter le monde – visible ou invisible -, d’affuter ses armes pour affronter le monde, nous serons très heureux de vous lire.

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5 commentaires

  1. 20 février 2012 à 5:47

    Consternant ! Je croyais pourtant avoir vu le pire. Le débilité est décidément un puit sans fond. Et dire que cette fange institutionnelle puise allègrement dans les deniers publics pour financer de telles inepties. En ces temps où les priorités affichées devraient aller à l’assainissement des finances publiques, on constate avec dépit que les preux défenseurs de la rigueur sont aussi les principaux pourvoyeurs des déficits publics.

    • 20 février 2012 à 8:26

      Mais quel réac vous faites ! VOus me rappelez les heures les plus sombres gnagnagna. Vous auriez sûrement été du côté de ceux qui riaient des Impressionnistes ! Criez donc à l’art dégénéré, immonde nazi !

      Hahaha ! Nan, je plaisante.

      Evidemment cela est consternant de nullité. Que dire de plus ? Je pense qu’il serait judicieux que je l’envoie à l’artiste elle-même. Tiens, allez, je le fais.

      En revanche, je n’adhère pas au discours – dominant et repris sans examen par les médias, que le Plan B nommait le « Parti du Pouvoir et de l’Argent » (PPA) – sur « l’assainissement des finances ». Je ne prendrai pas le temps de développer ici, mais d’une certaine façon, il faut rejeter ce discours-là, qui est le discours libéral. Car le libéralisme économique n’est que le revers d’une même pièce dont l’autre face est le libéralisme culturel, ce cancer dont l’art contemporain est, dans bien des artefacts, une manifestation patente.

      • 21 février 2012 à 9:17

        Je ne défends ni ne soutiens le discours d’un certain libéralisme politique, je faisais simplement référence à l’irrévérence d’un discours dualiste battu en brèche par ceux-là mêmes qui les tiennent. Je maintiens néanmoins l’idée que l’argent public dépensé au nom d’une certaine culture ne sert ni à la culture et encore moins aux artistes, elle permet à une élite intellectuelle enfermée dans sa bulle d’assouvir le dandysme d’un pouvoir autocratique.
        Merci,

  2. deneulin said,

    22 février 2012 à 10:10

    Peut-être n’est-elle pas à l’aise face à une caméra et également face à un public, mais au delà d’un discours creux, je pensais que cette artiste nous convaincrait, au moins, sur le fait d’y croire elle-même. Mais cela n’est indubitablement pas le cas.
    Si elle n’y croit pas, pourquoi ne fait-elle pas autre chose ? Si elle n’est pas à l’aise dans son contact avec les autres, pourquoi s’évertue-t-elle à faire des actions d’interactions ?
    L’intérêt de cette performance tient dans une seule et unique chose, elle nous expose l’archétype même de l’ancien étudiant des beaux-arts voulant correspondre à une idée d’un marché de l’art.
    Celui qu’elle semble avoir choisi est celui institutionnel et vous pouvez remarquez, par son début de parcours, que cela marche plutôt bien, son travail est vendeur.

    Mais je pense que cela lui coûte cher car elle ne semble aucunement habité par ce qu’elle fait.
    Quelle tristesse.

    petite pique de fin, travaillant dans le spectacle vivant, je suis un peu surpris quand je vois des plasticiens utiliser le B.A. BA des ateliers de la danse ou de la musique et en faire une « performance ».
    Il s’agit juste d’une mise en situation, en contact et en confiance d’un groupe par un jeu d’interaction simple répété chaque jour dans des écoles lors d’interventions auprès d’enfants, lors d’un échauffement pour la pratique amateur en danse etc.
    Cette manière de découvrir une autre pratique, une autre technologie et de seulement reporter sa première impression, sans réellement se l’incorporer, s’en en porter un autre regard, une autre approche.
    Un simple copier coller d’une pratique d’un milieu vers un autre milieu.
    Quelle misère.

    • 22 février 2012 à 10:36

      Bonjour, galerie Deneulin, et merci pour votre commentaire.
      Oui, c’est tout à fait l’impression que nous, Blablart, avons ressentie : Audrey Cottin est un « produit » (jouons sur la polysémie) des prétendus « Beaux-Arts » où il n’y a plus ni beau ni art.
      D’après sa page FB, il semble qu’elle ait obtenu son pedigree par une école californienne (suivre un enseignement pour aboutir à ce néant laisse pantois).
      La performance – et souvent l’art contemporain – est à l’art ce qu’est le punk à la musique : la licence de faire n’importe quoi, sans technique, sans recherche, parce qu’on n’a pas de talent et à peu près rien à dire mais l’envie de dire haut et fort, bruyamment et avec force gesticulations.
      Il s’avère que je lisais hier soir « La déshumanisation de l’art » de José Ortega y Gasset, qui dès 1925 observait et pressentait ce qu’allait devenir l’art — au demeurant, constatons avec honnêteté que tout ce que l’art contemporain fait aujd n’est que déclinaison et compulsion de répétition de ce qui s’est passé de 1908/12 jusqu’au début des années 30 (abstraction, logorrhées théoriques, installations constructivistes, ready-made, performances et provocations futuristes et dadaïstes, bruitisme, cinétisme, art corporel…), sinon au temps des Arts Incohérents (dont il faudra bien qu’on parle ici). Ce qui était alors une gifle et une belle moquerie est devenu un académisme du néant, l’affirmation du RIEN.
      Ortega y Gasset, disais-je, posait, entre autres choses que le « nouvel art » du début du XXe siècle (poésie, musique, peinture) s’était vidé des affects et percepts, pour devenir neutre, comme extérieur à la vie vécue, tenant le réel à distance et refusant de le copier, de le dupliquer, de faire illusion, pour rechercher à la place l’IDEE. Ainsi, estime-t-il, on ne voit plus une pomme « humaine » (càd telle que la perception, la subjectivité humaines en général la perçoivent), mais l’IDEE d’une pomme. L’art ne cherche plus à aller vers le réel, mais à aller CONTRE le réel. En somme l’art devient un formalisme, à rebours en somme – du moins estime-t-il – du romantisme et de son culte lyrique de l’ego (cependant, malgré les ambitions, nous pouvons estimer qu’un Malevitch et un Mondrian, avant d’être des objets « neutres » sont des Malevitch et des Mondrian…). Première chose. La seconde chose qu’il note à la fin de son essai, c’est que l’art a cessé d’être sérieux (ce que dit aussi Gilles Lipovetsky, bien plus tard : https://blablartcontempourien.wordpress.com/2011/07/30/lart-a-cesse-de-faire-serieux-gilles-lipovetsky/). L’art est devenu une farce, une chose comique, mettant à bas la hiérarchie des valeurs et tout le sérieux afférent, provoquant une joyeuse régression puérile, qui était sans doute nécessaire un temps, mais qui est devenue chose ordinaire. Si bien que, au fond, l’art contemporain n’est en bonne partie qu’une gigantesque farce puérile (https://blablartcontempourien.wordpress.com/2012/02/15/lartiste-un-grand-gosse-qui-veut-faire-linteressant/). Et il n’est pas rare que vous sortiez d’une galerie d’art comme vous sortiriez d’une salle de jeux d’un enfant, en vous disant : c’est amusant, c’est créatif, mais c’est de la gaminerie.
      Et, si l’on veut bien sortir le nez de l’art (l’art sur l’art c’est le nombrilisme d’un milieu qui a rejeté l’extérieur, d’une certaine façon ; il faut réaffirmer que l’art est en rapport avec la société, qu’il participe, valide, légitime ou reflète des dynamiques anthropologiques profondes), on considérera que l’art contemporain, dans son versant puéril, n’est qu’une gigantesque régression qui sous couleur de briser les tabous veut nous ramener aux stades primitifs de l’enfance, où l’on a plaisir à chier et montrer sa merde et à s’en tartiner, parce qu’on n’a pas encore appris la rétention, la pudeur, l’hygiène – qui sont les conditions mêmes d’une vie civilisée.
      Et, autre aspect de l’art contemporain : son autisme : l’invitation à « venir dans la tête de l’artiste », dans ses petites préoccupations, sa petite mythologie personnelle et ses petites fantaisies, parce que l’Autre ne compte plus en tant qu’alter ego, mais uniquement comme outil du dispositif intime, comme validateur de mon « moi-je ».
      Cet art contemporain est un symptôme parmi d’autres d’un cancer anthropologique : celui du libéralisme culturel, qui n’est que le revers du libéralisme économique, les deux formant une seule pièce (lire à ce sujet Jean-Claude Michéa, « La pensée double »). A ce stade, il importe de bien distinguer ce qu’est la liberté (qui ne peut exister qu’avec des limites et donc une responsabilité) et le libéralisme (qui est une soif d’illimitation : pas de tabous dans la culture, pas de lois dans l’économie ; pas de limites et de frontières, pour les deux).
      Merci de m’avoir lu. Je tâcherai d’être plus court une prochaine fois.


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