Theo Van Doesburg, Mondrian : « une langue universelle », « une beauté universelle »


Il n’est rien de plus universel que le néant, que ce qui ne renvoie à rien ni n’exprime rien. Theo Van Doesburg, fondateur et théoricien du groupe De Stijl (dont l’autre membre éminent fut Piet Mondrian, dont le nom est à peu près homonyme de « monde-rien ») exposait ainsi l’aspiration de son « art », une aspiration que l’on trouve chez d’autres pionniers (ou à tout le moins, premiers grands noms) de l’abstraction, parmi lesquels Malevitch, notamment : « Quand les moyens d’expression sont libérés de toutes les particularités, ils sont en rapport avec le véritable objectif de l’art : créer une langue universelle ».

Cet extrait de l’excellent double volume L’art du XXe siècle des éditions Taschen apparaît en marge, à la même page que l’introduction d’une présentation de Mondrian, où l’on peut lire ceci : « Le cubisme analytique, que Mondrian eut l’occasion d’étudier à la source, à Paris, l’aida ensuite dans sa démarche, bien qu’il restât trop proche de l’objet ; en définitive, même les tableaux cubistes étaient une abstraction réalisée à partir de la nature. Bientôt, Mondrian réduisit ses compositions en gris et ocre à un système d’horizontales et de verticales qui lui paraissaient néanmoins encore trop liées au monde visible. Il reconnut que la pure beauté universelle pouvait seulement être réalisée loin des réminiscences, figuratives, dans la parfaite harmonie des formes les plus simples et de quelques couleurs, non comme une abstraction, mais comme une image opposée à la nature ».

Laissons les lecteurs juger sur pièce la « beauté » de deux toiles représentatives de ces deux peintres. Quant au caractère « universel », il serait très éclairant d’avoir l’avis de Papous ou d’Inuits sur la question. Sans cela, on en reste à la déclaration d’intention, à l’arbitraire pur, à l’énoncé performatif : « Ce que je dis, voilà ce qui est » ( « J’énonce que cet art est universel, il l’est donc »). C’est un point récurrent dans l’art depuis le XXe siècle que l’absence de regard critique sur la concordance entre l’intention et le résultat : de fait, l’art abstrait de Kandinsky, Malevitch, Mondrian ou Van Doesburg a été entériné en bonne partie en raison de ses intentions, tout comme l’art conceptuel quelques décennies plus tard. Dès les premiers abstraits, l’objet exposé comptait moins que l’intention, que la théorie, que la glose, donc.

[Notons que, selon une idée communément répandue mais qui pourrait s’avérer fausse, les deux hommes se seraient fâchés parce que Theo Van Doesburg en 1924 introduisit le diagonale dans la formule théorisée quelques années plus tôt par Mondrian, qui n’admettait que les lignes verticales et les horizontales. Je renvoie à ce passage de la fiche Wikipedia, qui incitera peut-être le lecteur à aller voir plus loin.]

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