Expressionnisme : un art presque officiel du IIIe Reich avant d’être « art dégénéré »


Il y a le « point Godwin », pour les conversations courantes. Pour l’art, on pourrait parler de « point Art dégénéré ». Qui se montre fermement opposé au non-art labellisé « art contemporain » se trouve qualifié de « réac », de « passéiste », refusant la révolution duchampienne comme les fanatiques religieux refusent Darwin (RIRES EN BOITE !). Au fond, qui se moque de l' »art contemporain » est comme ces visiteurs qui riaient des impressionnistes au Salon (ô mythologie construite par Zola et consorts !) : c’est ce que dit Daniel Buren, par exemple, dans une intervioù que nous devrons un jour retrouver et diffuser ici tant le propos est comique, pour un artiste la jouant « maudit » alors même qu’il est exposé à Beaubourg et a reçu une commande d’Etat pour ses fameuses « colonnes » du Palais Royal de Paris.

Pis : qui dénonce l' »art contemporain » abrite dans sa poitrine des élans haineux rappelant « les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire » (expression consacrée de longue date), car son coeur bat au rythme des pas martiaux d’une marche nazie : il condamne un « art dégénéré » ! Comme les nazis ! Horreur !

La vérité historique, cependant, n’est hélas ! pas conforme au martyrologe justifiant le non-art qui envahit musées, galeries et parfois l’espace public.

Comme toujours, l’examen de l’histoire révèle des nuances, des contradictions ; l’histoire d’un mouvement, d’une idée, parfois même d’un homme jamais n’est monolithique. Il en va de même pour le rapport à l’art du nazisme et de ses figures dominantes. Ce que précise, par exemple, cet extrait :

« Il faut noter, en effet, que la politique culturelle du Reich manque d’une organisation uniforme. Goebbels a d’abord souhaité développer un concept plus libéral que celui prévu par Hitler. Dans cette optique, il n’a pas manqué d’inviter des artistes tels que Nolde, Schmidt-Rottluff, Heckel, Barlach, et le Juif Behrens à l’inauguration de la Reichskulturkammer en novembre 1933. La convocation de ces artistes nous paraît aujourd’hui incompréhensible. Cet incident laisse pourtant deviner le conflit au sein du parti sur la politique artistique. Il convient d’ailleurs de rappeler que Goebbels vante encore, en 1933, les ‘vues saines’ de l’expressionnisme dans son discours adressé aux directeurs de théâtres allemands. Son appartement est décoré, la même année, ‘[…] de nombreux tableaux expressionnistes qui relevaient de la ‘ligne Munch-Nolde’.’ Toujours en 1933, Goebbels semble encore reconnaître l’expressionnisme comme un art ‘typiquement allemand’. Une exposition de trente artistes allemands, dont Barlach, Nolde, Schmidt-Rottluff et Lehmbruck, est organisée à Berlin par des étudiants nazis, qui se réclament de la pensée de Goebbels. »

Échanges artistiques franco-allemands et renaissance de la peinture abstraie dans les pays germaniques après 1945, Marie-Amélie zu Salm-Salm, pp. 45-46 (lire ici, dans Google Books).

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