Stéphane Hubert croque l’art contemporain dans un livre désopilant


 Dessinateur, peintre-plasticien, auteur aussi de vidéos humoristiques, Stéphane Hubert produit tous azimuts avec, semble-t-il, un dénominateur commun : une absence de sérieux vivifiante, un comique joyeux et moqueur pastichant les codes du milieu de l’art, qu’il connaît de l’intérieur. Son excellent opuscule « Petits propos illustrés sur pour, contre et avec l’art contemporain » est un délice d’humour irrévérencieux, tantôt absurde tantôt cynique, saisissant l’art contemporain sans pincettes et sous tous ses angles pour en pointer l’évident ridicule, le pompeux, le pédant, le pathétique, l’intriguant…

Source : Toutelaculture.com

C’est à l’occasion d’un marché de l’art contemporain à la Halle Freyssinet (Paris XIIIe) que nous rencontrons Stéphane Hubert et ses drôles de tractopeintures, qui signalent une approche humoristique et irrévérencieuse pleine de bon sens et de fraîcheur. À quelques mètres de là, le peintre Jos Verheugen expose des toiles iconoclastes où il détournait le prétentieux monde-rien Mondrian (voir un exemple ici). L’idole est creuse : pourquoi se prosterner devant ? Plutôt éclater d’un sain rire philosophique.

Stéphane Hubert, avec une approche différente, joue lui aussi des codes du modernisme et de l’art contemporain avec humour. Ses tractopeintures (autrement dit : des peintures sur lesquelles sont collées des jouets véhicules de chantier étalant la peinture) détournent les monochromes et autres minimalismes picturaux. Citons le texte qui figure sur le site Internet Art contemporain à vendre.com :

« Les « Tractopeintures » semblent être une synthèse, une phase où les contraires s’assemblent, condensant le sublime et le dérisoire. Sur chacune de ces toiles un tracteur, une pelleteuse ou un tractopelle miniature est collé après avoir servi d’outil au peintre, étalant, raclant, pelletant griffant une couche plus ou moins épaisse de peinture. C’est comme si de vrais engins (genre travaux publics) avaient déplacé une masse de terre, de neige ou de goudron, créant, mine de rien, un champ coloré, une étendue de matière, un sillon courbe, un entrelacs de lignes, une composition abstraite. Le traitement coloré des toiles, les signes, les compositions, la gestualité qui y apparaissent, renvoient évidemment à l’histoire de la grande peinture abstraite américaine, celle de Motherwell, de Kline, de Rothko, de Ryman, cette peinture physique que Stéphane Hubert adore, où les notions de travail, d’outil, de matière, d’énergie, d’espace ne cessent d’être posées. »

Le regard porté par Stéphane Hubert sur cette tradition n’est pas clair : moqueur, dénonciateur ou taquin et complice ? Peu importe. Loin du sérieux de pape constipé et au silence hiératique des lieux d’art contemporain, il séduit par son sens de la dérision, rendant par contraste évident le grotesque des bavardages ronflants œuvrant à adouber « art » tout et n’importe quoi.

Une même démarche sarcastique anime Stéphane Hubert dessinateur, lorsqu’il croque avec un art consommé de la formule et de la mise en scène l’art contemporain : les lieux, les discours, les réactions et pensées des galeristes, des critiques, des amateurs et des sceptiques, des snobinards pédants ou encore considérations marchandes. On croise du Warhol, Ryman, Judd, on devine Manzoni, César, du conceptuel, du minimaliste, de l’hyperréalisme, du ridicule à la pelle.

Cela vaut des phrases particulièrement goûtues, comme : « Désespéré, Peter se jeta dans l’escalier en espérant que le résultat obtenu serait enfin digne d’être de l’art » ou encore « Même si parfois on le compare à une œuvre d’art contemporaine j’aime mon enfant ». Ou des dessins exquis où des affiches putassières annoncent des soldes et remises exceptionnelles sur les monochromes, les nouveaux réalistes ou des promotions sur Louise Bourgeois…

Trêve de blablart, nous vous invitons vivement à découvrir sur le site Centre d’art contemporain à vendre et les tractopeintures et à plus forte raison les « petits propos illustrés ».


« Petits propos illustrés sur pour, contre et avec l’art contemporain », 2010, éd. Opéra, 13€

Commander auprès de Stéphane Hubert (voir contact sur le site).

Consulter aussi le blog de l’artiste.

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