Bruxelles prend les néons de Dan Flavin pour des lampes


C’est un joli lièvre qu’a levé notre consœur Georgina Adams, dans The Artnewspaper : la Commission européenne, contre l’avis d’un tribunal britannique, considère que des œuvres de Dan Flavin (1933-1996) et Bill Viola (né en 1951), même si elles sont collectionnées par les plus grands musées du monde, ne sont pas de l’art. Au motif que les premières, composées de tubes fluorescents, et les secondes, des vidéos, donc projetées grâce à un lecteur adéquat et un écran de télévision, ne peuvent être assimilées par la nature des matériaux employés à de la sculpture. Elles doivent donc être taxées au taux plein de la TVA, soit en Grande Bretagne 20 %, et non au taux réduit (5 %) dont bénéficient les oeuvres d’art.

Source : Le Monde, 17 janvier 2011 (cf. article en ligne).

A l’origine de cette décision, l’importation en 2006, des Etats-Unis vers Londres par la galerie Haunch of Venison, de Hall of Whispers, réalisé en 1995 par Bill Viola, et d’une oeuvre de Dan Flavin, Six Alternating Cool White/Warm White Fluorescent Lights Vertical and Centred (1973). Les douanes britanniques contestent alors leur appellation déclarée de sculpture et leur appliquent un taux plein.

La galerie porte donc l’affaire en justice et un tribunal lui donne raison en 2008. Or la Commission européenne considère que, dans le travail de Viola, « les composants ont été légèrement modifiés par l’artiste, ce qui ne modifie pas leur fonction originale de lecteurs vidéo et de haut-parleurs ». Quant aux néons de Flavin, ils « ont les caractéristiques des appareils d’éclairage et doivent donc être classés comme appareils d’éclairage mural. Ce n’est pas l’installation qui constitue une oeuvre d’art mais l’effet de lumière qu’elle projette ».

Ce qui fait dire à l’ancien avocat de la galerie Haunch of Venison, Pierre Valentin, que ces oeuvres qui n’en sont pas quand elles sont éteintes le deviennent lorsqu’on les allume. Il se demande aussi quel collectionneur penserait à regarder Autant en emporte le vent sur l’écran de son Bill Viola. Dans une tribune publiée également dans The Artnewspaper, il qualifie cette définition d’absurde. Et, rappelle-t-il, contradictoire : durant le procès contre les douanes anglaises, celles-ci, tout en déniant au Viola et au Flavin la qualité d’œuvre d’art, entendaient cependant les taxer non sur la valeur du matériel (d’occasion) qui les compose, mais sur le prix des pièces en galerie.

Harry Bellet

Pour rappel, voici des « structures » de Dan Flavin, dont on dira volontiers « c’est joli » mais rien de plus :


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