L’arbitraire, le dérisoire, le fait du prince (Roger Caillois)


« Le recours à l’arbitraire (comme au dérisoire, qui en découle souvent) n’est pas particulier à Picasso. Il colore, pour une part, dans le monde contemporain, les forces vives de l’art. L’arbitraire est essentiellement ici l’absence de toute justification consciente. La vacance de motif érigée en valeur libératrice apparaît comme une des consignes permanentes de l’époque. Pour s’en convaincre, il n’est que de relire la définition de l’acte gratuit dans Les caves du Vatican ou celle de l’écriture automatique dans le Manifeste du surréalisme. Il s’agit d’un arbitraire très particulier, non pas considéré comme ingénu, jaillissant, naturel, pour ainsi dire, mais cultivé, second, sciemment, méticuleux, parfois à grand-peine élagué de tout ce qui semblerait dépendre d’une des valeurs ou conventions traditionnelles comme la morale, la raison ou, justement, l’art. Le fait du prince règne sans partage ni limite, à ceci près qu’il ne saurait s’exercer que dans un seul sens, le dérisoire, sans quoi il serait soupçonné de rester dupe ou asservi »

Roger Caillois, Picasso, le liquidateur in Images du labyrinthe, éd. Gallimard (2008), p. 109.

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